La fin du Tet
Ma sortie pour le pain, samedi 4 février, 09h00,
toujours un ciel gris mais pas de pluie pour le moment.
18° du Père Celsius qui était suédois. Ngo 530.
Le goulet.
En marchant, je réfléchis à ce qu'est la mémoire. Lorsque je travaillais en neuroradiologie nous avions un "patron" particulièrement doué bien qu'il fut par ailleurs un odieux et cynique personnage. Il parlait de 26 mémoires logées dans tous les "coins" de notre cerveau. Comme ça on peut inventorier des choses simples, la mémoire visuelle, celle du toucher, du sentir, celle des sons,... mais quand même pour arriver à 26 il faut accepter l'idée de l'existance de mémoires très pointues et qui nous échappent.
Aujourd'hui la "mémoire" ça n'est plus que deux choses, pour les anciens, les vieux quoi, c'est la mémoire du passé, à la fois personnelle et commune. Le "devoir de mémoire" dit-on.
L'autre, pour les générations nouvelles, ça n'est plus que des gigabytes !
(Canton des Grisons, on y parle le romanche, 4ème langue nationale suisse).
En 2004 j'ai écrit un texte (perdu depuis): "Histoire de la Révolution suisse, 2005 - 2010". Un truc assez rigolo où j'essayais d'inventer un scénario de ce qu'il pourrait se passer durant cinq ans dans une Suisse en révolution. On y trouvait l'abandon du nucléaire avec la construction de deux extraordinaires "lignes d'éoliennes" qui se croisaient à travers le pays. Une éolienne pour 4000 "foyers". Donc il en fallait au moins 1750 pour couvrir les besoins domestiques du pays.
Et puis il y avait un chapitre sur une grande révolution de l'enseignement, un "retour" à l'humanisme dans la première partie des études (primaire et secondaire) et ensuite une formation supérieure basée sur des travaux en ateliers. Dans la foulée j'imaginais une immense école polytechnique qu'on construirait sous-terre en pleine réserve naturelle des Grisons (Canton suisse). Et là, en particulier, un professeur d'origine tessinoise (il existe vraiment et travaille à l'EPUL - École polytechnique universitaire de Lausanne, Suisse -, un professeur développant la "bioinformatique", c'est à dire des programmes copiant les schémas du cerveau humain. Ses robots enrichissant leur "intelligence" par l'expérience (et des mémoires pensantes), analysant leurs échecs (rencontres d'obstacles par exemple).
S'il ne faut pas "réduire" notre cerveau en le comparant à un ordinateur sophistiqué,
on peut cependant exploiter une approche inverse:
Construire des machines à l'image de notre cerveau en accepant l'idée
que la logique (la raison) n'est pas suffisante.
Voilà ce que je pensais en marchant...
Le riz, les livres sales et les oeufs...
Et de cette réflexion (qui mélangeait quelques souvenirs d'écriture, d'autres de mon travail en neuroradiologie et quelques pensées sur ce qu'est le rôle de nos mémoires dans ce qui constitue notre personnalité d'une part et, d'autre part, le développement de notre "intelligence". Ici on comprend mieux le sens qu'accordent les Anglo-saxons au mot "intelligence")... de cette réflexion, don, je basculais sur une sorte de rogne (pissed off) envers la jeunesse vietnamienne.
Certes je comprends leur rejet du devoir de mémoire. Le phénomène dépasse le Vietnam, "nos belles jeunesses" ne se passionnent pas souvent pour leur "devoir de mémoire". Ici le problème vient de ce que l'enseignement de l'Histoire est totalement manipulé par le Parti inique et en plus on les bassine avec la guerre depuis leur enfance. Il est interdit aux étudiants de douter des livres d'histoire ou simplement de poser des questions dérangeantes.
Il ne faut pas oublier qu'ici la seule suggestion qu'il put y avoir eu une guerre civile, c'est à dire des Vietnamiens contre des Vietnamiens, peut vous conduire droit en prison. Moi ? A l'expulsion du pays.
L'effet secondaire, que je considère comme dramatique, est, qu'à partir de là, une immense majorité de jeunes Vietnamiens méprise "toute" l'Histoire. Ou alors "on" (comprendre une minorité de jeunes) s'y intéresse vaguement par le biais d'un film comme celui de Clint Eastwood, et dernièrement "The King's speech" (par exemple).
Platoon est régulièrement censuré sur la Chaine HBO mais
on trouve sans problème le DVD piraté du film.
L'original de village, à ne pas confondre avec le "fêlé".
Je suis intrigué par sa veste qui fait très "époque française",
les supplétifs indigènes en portaient de pareilles.
Des fleurs pour Isabelle qui s'offre un grand week-end de repos.
La fille de la dame qui loue une partie de son rez aux mécanos
des réparations urgents (motos uniquement).
Gâteaux de riz parfumé avec un fruit dont j'ignore le nom.
Le liseron d'eau.
Le marchand ambulant de charbon (cuisson).
Le grand arbre de l'ilot du carrefour de Buoi.
L'arbre du sommet de la "montée" de Buoi.
La rue des plantes.
Des couvre-oreilles.
Personne ne veut acheter "l'Oncle Ho" !
Chez les ferrailleurs ?
Chez la patronne de la boutique qui vend de gros dessous pour plantes vertes ?
Calme plat !
Galerie d'"art".
Vieux fantasme vietnamien... une jolie poitrine.
(On trouve souvent des toiles de ce genre en dessus du lit conjugal
et puis quand l'"homo vietnamensis" a vraiment besoin de chair vivante
il se rend au salon de massage).
Le raccourci.
- Alors Papy, on est en pleine réflexion ce matin ?
- C'est pas grave mon bon ruisseau To Lich, ça passera vite !
Mais tu vois mon bon, toi t'es "cool", moi je m'énerve encore. Car ces jeunes sont pleins de trous dans leur tête, il leur manque la continuation, des origines à nos jours. Pas besoin de tout connaître mais pour le moins considérer qu'il existe une "Histoire de l'humanité".
Retour sur la rue Thuy Khue, un oeil vers le goulet.
Un autre du coté centre ville.
Ma dérive s'achève. Je me demande comment fonctionnent les liens entre nos mémoires et notre centre de prises de décisions. La mémoire est la gardienne de nos expériences. Certes il faut s'en méfier car ses méthodes de rangement sont parfois fantaisistes. On oublie, elle oublie des choses et en met d'autres en premières lignes, à sa guise la salope.
Sont-ce alors nos (26) mémoires qui décident pour nous ? Et ces moments de confusion que nous vivons tous de temps en temps ? Les mémoires qui flanchent (un instant plus ou moins long), les synapses qui manquent d'"huile" ?
Après le petit déjeuner un travail m'attend.
Élagage des branches de pêcher avant de les jeter aux ordures.
C'est ainsi que je suis devenu "populaire" auprès des ramasseuses d'ordures.
En effet les gens jetaient ces branches le long de la ruelle (ils le font encore),
alors maintenant les éboueuses réprimandes ces moins que rien en leur lançant:
- Putain con, camarade, regarde comment i'fait le tay (occidental) !
L.T.
J'AI LA MÉMOIRE QUI FLANCHE
(Paroles: G. Bassiak / Musique: G. Bassiak, F. Rauser, 1963)
Jeanne Moreau (France)
J'ai la mémoir' qui flanche
J'me souviens plus très bien
Comm' il était très musicien
Il jouait beaucoup des mains
Tout entre nous a commencé
Par un très long baiser
Sur la vein' bleutée du poignet
Un long baiser sans fin.
J'ai la mémoir' qui flanche
J'me souviens plus très bien
Quel pouvait être son prénom
Et quel était son nom
Il s'appelait Je l'appelais
Comment l'appelait-ton ?
Pourtant c'est fou ce que j'aimais
L'appeler par son nom.
J'ai la mémoir' qui flanche
J'me souviens plus très bien
De quell' couleur étaient ses yeux ?
J'crois pas qu'ils étaient bleus.
Etaient-ils verts, étaient-ils gris ?
Etaient-ils vert de gris ?
Ou changeaient-ils tout l'temps d'couleur
Pour un non pour un oui ?
J'ai la mémoir' qui flanche
J'me souviens plus très bien
Habitait-il ce vieil hôtel
Bourré de musiciens
Pendant qu'il me pendant que je
Pendant qu'on f'sait la fête
Tous ces saxos, ces clarinettes
Qui me tournaient la têt'.
J'ai la mémoir' qui flanche
J'me souviens plus très bien
Lequel de nous deux s'est lassé
De l'autre le premier ?
Etait-ce moi ? Etait-ce lui ?
Etait-ce donc moi ou lui ?
Tout c'que je sais c'est que depuis
Je n'sais plus qui je suis
J'ai la mémoir' qui flanche
J'me souviens plus très bien
Voilà qu'après tout's ces nuits blanch's
Il me reste plus rien
Rien qu'un p'tit air qu'il sifflotait
Chaqu'jour en se rasant
Pa pou di dou da di dou di
Pa pou di dou da di dou
Commentaires sur La fin du Tet
Il ne manque plus que la musique !!
Alors Papy, on est dans le péché (pécher) jusqu'au cou ?? vivement que les nôtres soient en fleurs.
Juju aussi est en plein dans la réflexion !!
Amicalement.
Merci pour les fleurs ! Un grand bonjour de Paris (chez nous aussi les fêtes s'estompent...)
Ce soir, au menu, choucroute (c'est le plein hiver, les températures restent négatives, et il y avait le chou cru dans mon panier de légumes cette semaine!) puis des super-fromages de chez Marie Belhomme (Meilleur ouvrier de France en fromagerie siouplait !) et un excellent ananas bouteille en dessert, le tout avec un feu de bois et le début de la saison des Tudors à la téloche (une magnifique production anglaise...)
Bon dimanche ! Encore un jour de repos, c'est vrai que 3 jours ça fait du bien... A bientôt !
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